Bourse de Tel-Aviv : pourquoi elle séduit avant Wall Street

Bourse de Tel Aviv

Les entreprises technologiques israéliennes considéraient Wall Street comme l’unique voie vers une cotation internationale. Face à la transformation de la Bourse de Tel-Aviv, à l’arrivée croissante d’investisseurs étrangers et à un marché américain plus sélectif, une nouvelle approche émerge : commencer à Tel-Aviv avant d’envisager New York.

Pourquoi la Bourse de Tel-Aviv peut redevenir une étape stratégique

Pendant des années, les entreprises technologiques israéliennes ont regardé Wall Street comme un passage obligé. Le Nasdaq et le NYSE offraient une visibilité mondiale, un accès direct aux grands investisseurs institutionnels et des valorisations souvent supérieures. Pourtant, ce schéma évolue. Aujourd’hui, la Bourse de Tel-Aviv revient dans le jeu avec une proposition plus crédible, plus liquide et plus internationale.

En effet, le marché américain des IPO est devenu plus exigeant. Les investisseurs y privilégient désormais des sociétés déjà très matures. Pour une entreprise encore en phase de croissance, une introduction trop précoce à New York peut limiter la couverture et accroître la volatilité.

La valorisation moyenne des IPO aux États-Unis s’établit autour de 5,5 milliards de dollars en 2025 et 2026, contre environ 3,6 milliards entre 2020 et 2021.

Dès lors, la question n’est plus seulement de savoir s’il faut viser Wall Street, mais à quel moment. Dans ce contexte, la Bourse de Tel-Aviv peut redevenir une première étape cohérente pour structurer une trajectoire boursière.

Tel-Aviv ne se positionne plus comme une alternative à Wall Street, mais comme une étape stratégique avant New York.

Bourse de Tel-Aviv : une transformation profonde depuis 2026

La Bourse de Tel-Aviv n’est plus perçue seulement comme une place locale. Depuis janvier 2026, elle a aligné sa semaine de cotation sur les standards internationaux, du lundi au vendredi. Cette réforme a immédiatement modifié les flux de marché. Le volume moyen des échanges du vendredi a atteint environ 1,7 milliard de dollars, soit une hausse de 191 % par rapport aux volumes observés le dimanche en 2025.

Par ailleurs, le volume quotidien moyen des transactions a atteint environ 2 milliards de dollars depuis le début de 2026. Cela représente une progression d’environ 65 % par rapport à la moyenne de 2025. En mai 2026, le marché a même enregistré un volume quotidien moyen de 2,4 milliards de dollars. Le 7 mai 2026, lors du rééquilibrage des indices, les échanges ont atteint 8,2 milliards de dollars, un record historique pour la place israélienne.

De plus, la part des investisseurs étrangers a nettement progressé. En mai 2026, ils représentaient environ 33 % des échanges, contre 17 % en janvier 2025. Ces chiffres montrent une place plus liquide, plus visible et mieux connectée aux standards mondiaux.

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Un marché israélien plus résilient et plus international

Malgré un contexte géopolitique tendu, le marché israélien a montré une forte résilience. Depuis le 7 octobre 2023, le TA-125 a progressé d’environ 26 % en 2024, puis de près de 50 % en 2025, surperformant nettement les principaux indices mondiaux (fig. 1). Les avoirs des investisseurs étrangers sur le marché israélien ont quant à eux atteint un record de 114,7 milliards de dollars en février 2026 (fig. 2). Cette dynamique renforce la profondeur du marché et améliore la capacité d’absorption des nouvelles introductions.

En parallèle, la TASE poursuit son ouverture internationale. Elle a modernisé ses infrastructures, renforcé l’accessibilité de l’information financière en anglais et avancé sur son intégration aux grands standards mondiaux. Selon la Bourse de Tel-Aviv, ces évolutions visent clairement à attirer davantage de capitaux internationaux.

Comme nous l’explique Tom Aldahif, Head of Sales and Market Development de la TASE, les investisseurs étrangers rencontrés par la place boursière israélienne disposent désormais d’une connaissance approfondie du marché local. Ils arrivent avec leurs propres analyses, une due diligence déjà avancée et des questions précises concernant les sociétés et les opportunités d’investissement en Israël.

Cette montée en puissance s’inscrit aussi dans une perspective d’intégration accrue de la TASE aux grands indices mondiaux. Ainsi, elle a obtenu les autorisations nécessaires à son intégration dans certains indices MSCI. Une étape qui pourrait, lorsque le contexte géopolitique le permettra, accroître encore sa visibilité et favoriser l’arrivée de capitaux passifs et institutionnels de long terme.

Au-delà des États-Unis et de l’Europe, Israël renforce enfin ses liens avec de nouveaux pôles de croissance. Comme l’Inde, ainsi qu’avec les pays des Accords d’Abraham, qui ont déjà ouvert de nouveaux corridors économiques avec les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc. Ces évolutions pourraient soutenir durablement la visibilité de la Bourse de Tel-Aviv et l’arrivée de capitaux internationaux.

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Deux moteurs puissants : capitaux étrangers et épargne locale

L’un des atouts majeurs de la Bourse de Tel-Aviv tient à la combinaison de deux sources de demande.

D’un côté, les investisseurs institutionnels étrangers apportent des références de valorisation, une lecture sectorielle et une capacité d’analyse globale. Leur présence est particulièrement importante pour les entreprises technologiques susceptibles d’intéresser des fonds spécialisés dans la croissance, la cybersécurité ou l’intelligence artificielle.

De l’autre, le marché israélien s’appuie sur une épargne institutionnelle importante, notamment grâce au système israélien d’épargne retraite obligatoire. Les fonds de pension, compagnies d’assurance et sociétés de gestion israéliens administrent plus de 1 000 milliards de dollars d’actifs. Une part significative de ces capitaux est investie sur le marché israélien, avec un horizon de long terme. Cette combinaison peut contribuer à sécuriser une introduction en bourse : les investisseurs internationaux participent à l’ancrage de la valorisation, tandis que la demande locale soutient la liquidité et la stabilité du titre dans la durée.

Cette structure est précieuse pour les entreprises technologiques. En effet, les investisseurs internationaux peuvent soutenir la crédibilité de l’opération. Par conséquent, les investisseurs locaux peuvent ensuite contribuer à la stabilité du titre dans la durée. Cette double base d’acheteurs peut réduire le risque d’une introduction fragile ou trop dépendante d’un seul segment de marché.

Pour une société en croissance, cet équilibre compte beaucoup. Il permet de financer le développement sans brûler les étapes. Il peut aussi préparer, plus tard, une cotation américaine dans de meilleures conditions.

Nos convictions

Le modèle « TASE First » ne consiste pas à opposer Tel-Aviv à New York. Il propose plutôt une trajectoire progressive.

Une première cotation sur la Bourse de Tel-Aviv peut aider une entreprise à renforcer sa gouvernance, à bâtir un historique boursier et à élargir sa base d’investisseurs avant de viser New York. Une cotation américaine peut ensuite être envisagée lorsque la taille de l’entreprise, sa visibilité internationale et les conditions de marché le justifient. Tel-Aviv devient alors non plus une alternative à Wall Street, mais une étape stratégique avant une éventuelle expansion sur les marchés américains.

L’enjeu dépasse la réussite individuelle des entreprises qui choisissent de s’introduire en bourse. Encourager davantage de sociétés israéliennes à se financer et à se développer sur le marché local permettrait de renforcer la profondeur de la Bourse de Tel-Aviv, de mieux recycler l’épargne nationale vers l’économie productive et de conserver davantage de valeur créée en Israël.

Dans un contexte où la technologie reste l’un des principaux moteurs de l’économie israélienne, une place boursière locale plus forte peut également faciliter le financement des futures entreprises de croissance.

La TASE ne se présente donc plus seulement comme un marché domestique : elle peut devenir le premier chapitre d’une trajectoire de développement véritablement mondiale.

À ce titre, cette évolution concerne aussi les investisseurs francophones qui suivent l’écosystème israélien. Une place locale plus liquide et plus internationale peut créer un environnement plus lisible pour sélectionner des opportunités.

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