Euro/shekel : comprendre le risque de change
Le taux euro/shekel est souvent lu comme un simple indicateur de marché. Pourtant, il peut modifier très concrètement le coût d’un achat immobilier ou d’une opération patrimoniale en Israël. C’est tout l’enjeu du risque de change euro shekel, encore trop souvent sous-estimé par les investisseurs francophones.
Nathan Perez a étudié la finance à McGill, à Montréal, avant de travailler en trésorerie au sein d’une grande banque européenne à Singapour. Il a ensuite conseillé pendant quinze ans des clients sur les questions de change, avant de fonder 7Payments, une structure spécialisée dans le change, la couverture et la gestion des flux en devises. Son métier consiste à redonner de la visibilité à des clients exposés à l’euro, au dollar et au shekel, dans un environnement où le change peut peser lourd sur le coût final d’un projet.
Qu’est-ce qui affecte vraiment le taux de change euro/shekel ?
Le point clé, c’est qu’il ne faut pas lire l’euro/shekel comme un seul taux. En réalité, il faut le décomposer en deux couples de devises : d’un côté euro/dollar, de l’autre dollar/shekel. C’est la combinaison de ces deux mouvements qui explique le niveau final de l’euro/shekel.
Cette distinction est essentielle, car elle permet de ne pas attribuer à Israël des mouvements qui viennent en réalité d’ailleurs.
Si l’euro se déprécie face au dollar, cela affecte mécaniquement l’euro/shekel, même si le shekel n’a pas bougé pour des raisons propres à l’économie israélienne. À l’inverse, si le shekel se déplace fortement contre le dollar, alors l’euro/shekel peut bouger même dans un contexte européen relativement stable.
Il faut aussi garder en tête qu’Israël est une petite économie ouverte. Sa devise est encore perçue par beaucoup d’institutions financières comme une devise plus “exotique” que les grandes monnaies de réserve. Cela signifie qu’en période de stress mondial, le shekel peut être affecté même si les fondamentaux israéliens ne se dégradent pas. Par exemple, lorsqu’il y a une crise de crédit, une crise de confiance sur les marchés obligataires ou un choc global sur les marchés émergents, le shekel peut subir une pression. Ce n’est pas forcément parce qu’Israël va mal. C’est parfois simplement parce que les investisseurs réduisent leur exposition aux marchés jugés périphériques, ou moins liquides. C’est précisément pour cela qu’une lecture purement locale du change est souvent insuffisante.
La guerre n'a aucun impact sur le cours du shekel. En revanche, elle augmente la volatilité
Pourquoi le shekel réagit-il autant aux marchés américains ?
C’est un facteur structurel majeur. Israël produit beaucoup de capitaux, mais n’a pas encore la maturité de les faire fructifier en interne. Une part importante est donc investie à l’étranger et surtout aux États-Unis. Les compagnies d’assurance, les banques, les fonds liés à la high-tech… détiennent des volumes considérables investis en dollars. Or ces acteurs ne veulent pas spéculer sur le change. Ils cherchent avant tout à investir. Ils mettent donc en place des couvertures de change pour neutraliser les fluctuations monétaires. Cette mécanique crée une corrélation forte entre le shekel et les marchés américains, en particulier le Nasdaq, qui reste l’indice le plus proche de l’économie technologique israélienne. Pour comprendre le shekel, il faut souvent regarder autant New York que Tel Aviv.
Exemple chiffré : un investisseur signe le 7 septembre 2026 un achat immobilier de 3,5 millions de shekels, payable 18 mois plus tard. Si le taux passe de 3,49 à 3,30, son coût grime de 1 002 865 € à 1 060 606 €. En sécurisant son taux dès le départ, il évite donc un surcoût de près de 60 000 €.
Les tensions géopolitiques font-elles automatiquement baisser le shekel ?
C’est une idée reçue que les investisseurs comprennent de mieux en mieux : la guerre n’a aucun impact sur le cours du shekel. En revanche, elle augmente la volatilité et peut provoquer des mouvements très brutaux.
Tant que les marchés estiment que l’économie israélienne peut absorber le choc, l’impact reste limité. Mais si le conflit s’installe, si la pression internationale ou l’incertitude politique s’aggravent, alors la devise peut être pénalisée plus durablement. Les marchés ont vite compris que le 7 octobre, à lui seul, ne suffirait pas à faire baisser le shekel. Ce qui pèse davantage aujourd’hui, c’est le risque d’un affaiblissement plus profond de l’économie et d’un manque de visibilité politique.
Depuis mars-avril, le shekel a d’ailleurs perdu près de 5 %, ce qui est déjà un mouvement important pour une devise en seulement six mois. Dans ce contexte, les marchés pourraient aussi voir d’un bon œil un changement de leadership au prochain gouvernement.
Comment se couvrir concrètement contre le risque de change ?
Le risque de change est souvent sous-estimé, alors qu’il peut modifier directement le coût réel d’une acquisition immobilière. Le vrai sujet, c’est de décider si l’on veut subir le risque de change, ou le piloter. Il existe aujourd’hui des solutions relativement simples pour le neutraliser, notamment le contrat forward, qui permet de fixer dès maintenant un taux de change pour un paiement futur, généralement jusqu’à 18 mois. En pratique, cela implique souvent un dépôt initial de 5 % à 10 %, puis le solde à l’échéance. Sur le shekel, c’est souvent la fenêtre la plus pertinente, car au-delà la liquidité baisse et le coût de couverture augmente.
Concrètement, la couverture repose sur une ligne dans une devise et son équivalent dans l’autre. C’est ce montage entre les deux monnaies qui permet de projeter le taux d’aujourd’hui à une date future et donc de bloquer à l’avance le niveau de change. La rémunération vient ensuite des conditions de structuration et d’exécution de cette couverture, autrement dit de la marge intégrée dans la solution proposée.
Les options de change sont plus rares, car elles s’adressent à des clients avertis. Elles permettent toutefois de fixer un niveau de protection tout en conservant une partie du potentiel favorable. Sur des horizons de 12 à 18 mois, leur coût peut rester raisonnable, autour de 3 %, selon les conditions de marché.
En immobilier, cela permet de sécuriser un projet dont le calendrier est connu. On peut suivre le marché, identifier un niveau jugé pertinent, puis mettre en place une couverture adaptée au rythme de l’opération. C’est une approche sur mesure, qui laisse au client le temps de s’organiser.
Quels sont les avantages de passer d’abord par le dollar ?
Ces derniers mois, certains clients ont réduit leur exposition à l’euro en passant d’abord par le dollar. En pure devise, le dollar et le shekel sont plus attractifs que l’euro, notamment le dollar sur des supports bancaires ou corporate israéliens. Il y a aussi un avantage de marché : le dollar/shekel s’analyse mieux techniquement que l’euro/shekel. Cette stratégie permet donc d’attendre avant d’entrer en shekel, tout en restant investi dans une devise plus rémunératrice que l’euro. Elle n’a toutefois de sens que si le client a du temps ou un écart de marché suffisant pour justifier plusieurs conversions.
Au-delà des outils, qu’est-ce qui rend une couverture de change efficace ?
La qualité d’exécution fait la différence. Elle dépend beaucoup de l’accès au marché et des lignes disponibles pour structurer la couverture dans de bonnes conditions. Plus l’horizon est long ou la position complexe, plus le coût peut se dégrader, d’où l’importance de bien calibrer la stratégie. Dans la plupart des cas, les couvertures se mettent en place sur des horizons courts, 6 mois ou moins. L’objectif reste le même : ne pas subir le change, mais l’intégrer comme un paramètre patrimonial à part entière.
Nos convictions
Le risque de change euro shekel ne doit jamais être géré dans l’urgence. Lorsqu’un achat immobilier, un transfert important ou une opération patrimoniale est prévu, il faut intégrer le change dès le départ dans la réflexion. C’est particulièrement vrai en Israël, où la devise reste sensible aux flux mondiaux, aux arbitrages institutionnels et au contexte politique. Nous recommandons donc de raisonner en calendrier, en montants et en scénarios, plutôt que d’attendre un “bon taux” hypothétique. Une couverture bien calibrée sert à protéger son patrimoine.