Israël attire les capitaux malgré la guerre
Malgré la guerre et un environnement régional instable, Israël continue d’attirer des capitaux massifs. En 2025, la tech israélienne a totalisé 44 milliards de dollars d’opérations de fusions-acquisitions, un record, tandis que les levées de fonds ont atteint 17 milliards de dollars. Pour comprendre ce que ces chiffres disent vraiment de l’économie israélienne, nous avons interrogé David Attias, Vice President au sein de l’équipe Investment Banking de Citi Israel.
Plusieurs indicateurs démontrent la solidité israélienne. Comment cette confiance se traduit-elle concrètement ?
Lorsque nous présentons Israël à des investisseurs internationaux, nous nous appuyons sur plusieurs indicateurs de marché. L’un des plus parlants reste l’évolution de la prime de risque du pays. Avant le 7 octobre 2023, l’écart de rendement entre les obligations israéliennes et américaines à long terme se situait autour de 110 points de base. Cet écart s’est temporairement creusé au début de la guerre, atteignant près de 150 points de base, avant de revenir aujourd’hui autour de 90 points de base. Autrement dit, les investisseurs ont réévalué le risque israélien de manière plus favorable qu’on aurait pu l’anticiper. C’est un signal fort. Il montre que les marchés ne regardent pas seulement l’actualité sécuritaire. Ils regardent aussi la profondeur de l’économie, la qualité des entreprises et la capacité du pays à absorber les chocs.
Le shekel envoie lui aussi un signal clair, avec une appréciation de 20 % face au dollar sur les douze derniers mois. Dans le même temps, le TA-125, principal indice de la Bourse de Tel-Aviv, affiche une progression de 60 % depuis le début de 2025, contre 25 % pour le S&P 500 sur la même période. Autrement dit, les marchés traduisent une confiance qui va bien au-delà du seul court terme.
Environ 60 % du financement de la tech israélienne provient d’investisseurs étrangers
Quelle place Israël occupe-t-il aujourd’hui dans l’écosystème mondial du M&A ?
En 2025, la tech israélienne a totalisé 44 milliards de dollars d’opérations de M&A. Même en excluant les 32 milliards de dollars de l’opération Wiz/Google, le marché reste sur un niveau record, selon Startup Nation Central. Cela montre que, malgré le bruit géopolitique, les investisseurs internationaux restent prêts à engager des montants très significatifs lorsqu’ils identifient des actifs de qualité. Au-delà du seul secteur technologique, nous observons également un nombre croissant d’opérations impliquant des investisseurs étrangers. Y compris dans des secteurs fortement régulés. L’investissement réalisé par Affinity Partners dans Phoenix Financial, tout comme le projet d’acquisition de Zim par Hapag-Lloyd, qui n’a pas encore été approuvé, en sont des exemples intéressants.
Quelle est la part des investisseurs étrangers dans les transactions réalisées en Israël ?
Mon activité est essentiellement tournée vers les opérations transfrontalières. J’ai donc, par définition, une exposition forte aux investisseurs internationaux. Cela étant dit, leur poids dans l’écosystème israélien reste structurellement très important.
Dans le financement des entreprises technologiques, on estime qu’environ 60 % des capitaux proviennent d’investisseurs étrangers, contre 40 % d’investisseurs locaux. Cette répartition reflète le caractère très ouvert du marché israélien. Elle reflète aussi le rôle majeur des investisseurs américains dans le développement de la tech locale.
Dans les opérations de fusion-acquisition, la dimension internationale est encore plus marquée. Historiquement, les entreprises israéliennes étaient surtout des cibles d’acquisition. Aujourd’hui, certaines deviennent elles-mêmes des consolidateurs et réalisent des acquisitions à l’étranger. Cette tendance reste encore limitée, mais elle mérite d’être suivie de près.
Parmi les transactions auxquelles vous avez participé, y en a-t-il une qui vous a particulièrement marqué ?
Oui, la vente de Yad2 au fonds d’investissement Apax en décembre 2025 m’a particulièrement marqué, pour près d’un milliard de dollars. Ce dossier est intéressant car Yad2 est un actif très exposé à l’économie domestique israélienne, notamment à l’immobilier et au marché des véhicules d’occasion, contrairement à la majorité de la Tech israélienne.
Lorsqu’un investisseur international s’intéresse à un actif aussi local, le signal envoyé au marché est fort. Cela signifie que la thèse d’investissement ne repose pas uniquement sur l’export ou sur la technologie au sens classique. Elle repose aussi sur la profondeur du marché israélien lui-même.
En tant que conseil M&A, notre rôle couvre toute la chaîne de valeur. Nous intervenons sur la préparation de l’opération, la modélisation financière, la documentation marketing, la coordination des parties prenantes, les échanges avec les acheteurs potentiels et la négociation jusqu’au signing.
Comment percevez-vous aujourd’hui les relations économiques entre la France et Israël ?
Les échanges économiques existent naturellement dans de nombreux secteurs. En revanche, du point de vue du M&A, les opérations de grande envergure entre groupes français et israéliens restent encore limitées. Cette réalité s’explique notamment par le poids considérable des investisseurs américains dans l’écosystème technologique israélien, ainsi que par les liens historiques entre ces deux marchés.
Quels sont aujourd’hui les secteurs technologiques les plus recherchés par les investisseurs ?
Les tendances observées aux États-Unis influencent fortement les investisseurs internationaux. Israël s’inscrit naturellement dans cette dynamique. Aujourd’hui, trois grands blocs concentrent particulièrement l’attention.
- D’abord, tout ce qui touche à l’intelligence artificielle, et plus précisément à l’infrastructure liée à l’IA.
- Ensuite, ce que l’on appelle la frontier tech, c’est-à-dire les ruptures technologiques majeures, avec notamment l’informatique quantique, la defense tech et la space tech.
- Enfin, au-delà de la tech, l’énergie devient un enjeu stratégique. La montée en puissance de l’IA augmente mécaniquement les besoins en capacité électrique et en data centers, redessinant déjà les priorités d’investissement.
Quel est aujourd’hui le plus grand défi pour l’écosystème tech en Israël ?
Il existe encore un net décalage entre la puissance technologique israélienne, qui représente environ 15 % du PIB, et la composition des grands indices de la Bourse de Tel-Aviv, encore dominés par les banques, l’assurance, l’immobilier et l’énergie. En excluant les sociétés dual listed aux États-Unis, la tech ne représente qu’environ 3 % du TA-125. L’un des grands enjeux des prochaines années sera donc de positionner Tel-Aviv comme une place financière internationale.
Cette évolution semble déjà engagée. La Bourse de Tel-Aviv met en œuvre plusieurs réformes pour améliorer sa liquidité, renforcer son accessibilité et attirer davantage de capitaux étrangers. La plus récente est l’alignement des jours de cotation du lundi au vendredi. Plusieurs signaux illustrent cette dynamique, notamment la décision de Palo Alto d’ajouter une cotation en Israël à sa cotation américaine.